Les animaux dans l'imaginaire enfantin
- violainetroffigue
- 17 mars 2024
- 3 min de lecture
Les animaux en littérature jeunesse, quelle histoire ! La plus petite des souris occupe l’espace littéraire à la manière d’un éléphant. Pourquoi un tel détour ? Pourquoi, dans l’imaginaire enfantin, s’identifier à un ours quand un « petit soi » serait une voie plus directe et à hauteur d’enfant ? De la fourmi à la baleine, en passant par l’ours, le renard et le loup… Chacun son trait de caractère, sa représentation, son lot de fantasmes et de fables reconnaissable en un clin d’œil. Sans sous-texte. Ils partagent alors les tempéraments et les sentiments humains. Depuis l’étiquetage, perspicace et pragmatique, du Roman de Renart (avant, encore : le catalogue des fables d'Esope !). Et là où l’on apprend à un enfant à reconnaître les traces laissées par les animaux dans la forêt pour les identifier, on lui apprend à reconnaître, en littérature, les indices laissés par le type du renard rusé, du lion majestueux, du loup féroce (que l’on peut déconstruire à l’envi, si l’on se frotte aux stéréotypes, et passer du modèle à l'anti-modèle, du représentant de la norme humaine à son détracteur.). Les animaux nous ressemblent, juste ce qu’il faut de parenté pour que l’affection qu’on leur porte offre cette étrange proximité de laquelle découle la possible mise à distance. Ésope invoque les animaux car l’animal dit toujours vrai. Sa parole est sans filtre, beaucoup plus limpide que celle de l’homme. Il y a ce sous-entendu en littérature jeunesse, qu’un animal ne ment pas : un enfant adhère spontanément à sa parole (cette idée est notamment développée sous la plume concise de Martine Bourre).

Le fabuliste est représenté assis face à un renard, dans une scène évoquant la tradition des fables grecques.
Or, les enfants prêtent souvent des qualités humaines aux animaux. Ils évoluent dans un monde fantastique, ce fil tendu entre rêve et réalité. L’animal, c’est un détour par l’émerveillement. Les petits hommes regardent les animaux d'un oeil anthropomorphe et, par ce biais, le monde animal regarde avec distance le monde des hommes. Quel enfant ne s’est pas un jour demandé ce qui pouvait traverser l’esprit de son animal de compagnie ? Que voit-il... à quoi pense-t-il... que pourrait-il dire s'il était doué de parole? La littérature la lui donne pour décrire la vie des hommes, véhiculer nos propres mots, avec cette distance, cet œil de lynx du chat juché sur le piano de la maison.

Enfant, les histoires de Beatrix Potter m'ont subjuguée, en raison, je pense, de l'infinie douceur de son trait qui n'interdit en rien le mordant de son propos et cet aspect de "merveilleux naturel" qui en découle. La campagne idyllique dans laquelle évolue Pierre Lapin est un rêve éveillé. Mais les animaux sont de "vrais" animaux, ils ressemblent à des lapins, des souris, des hérissons, des rouges-gorges tout en étant vêtus et doués de parole. Ils conservent un mode de vie animal, vivent dans des tanières et des terriers, craignent pour leur vie, chacun conservant sa place dans la chaîne alimentaire : l'histoire de Pierre Lapin s'ouvre sur une mise en garde, son père ayant fini dans un pâté ! Mais ce sont toutes nos émotions d'enfants qu'ils véhiculent pourtant, ces émotions indomptées, avec délicatesse et espièglerie.

Chez Hellé les animaux sont des jouets qui s’animent, Chez Benjamin Rabier ils sont si proches des humains qu’il lui est possible de mettre en œuvre une large palette d’émotions : les animaux sont aussi facétieux que cruels, drôles que cyniques. Rien de mièvre dans le fait d’utiliser les animaux pour libérer la parole… aujourd’hui, nous parlons aux enfants de façon plus ouverte. Les animaux tendent à s’effacer, et avec eux leur rôle d’héraut, aux profits de petits héros de chair et d’os.




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